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"René, il faut me laisser seul..."

     
           
Je l'ai connu dans les années cinquante au sein de ma famille; c'était un ami de mon père.
Quand il venait à Genève, il avait sa place réservée à la table familiale. Il nous racontait ses
succès, ses regrets, ses aventures vécues pendant les années de guerre... Des moments
truculents - il était un conteur intarissable- qui m'ont laissé un souvenir très vivace.

Né à Genève le 22 janvier 1897, ce dessinateur qui a précédé Jacques Faizant au Figaro
nous a laissé d'innombrables dessins humoristiques, politiques et autres bandes dessinées.

   
Nous nous sommes retrouvés à Paris entre 1975 et 1977, lors de plusieurs séances de travail
et d'enregistrement, parce que j'avais décidé de faire quelque chose. Une idée de livre ? En
tous cas, c'était le point de départ.
Ce désir s'est au fil des entretiens, transformé en projet commun.
Il m'a donné sa gentillesse, beaucoup de son temps et du point de vue matériel, des dessins
originaux, des inédits ainsi que des documents de valeur inestimable minutieusement
sélectionnés.
   
Il est mort, seul, dans son appartement de la rue Guersant à Paris, peu après notre ultime
rencontre.
Ce jour-là, nous avions fêté ensemble son 80ème anniversaire; en fin de soirée, il m'a dit tout
doucement "maintenant, René, il faut me laisser seul...". Il venait d'apposer sa signature au
bas de la préface qu'il m'avait préparée.

Agé, il avait mal vécu la disparition de sa femme (06.09.1975). Les deux années pendant
lesquelles nous avons correspondu et travaillé ensemble ont certainement été un cadeau
du ciel pour lui. Cette période d'espérance méritait bien ces quelques images...

Visitez ces pages qui lui sont dédiées et découvrez pourquoi cet ingénieur, dessinateur par
vocation, a figuré parmi les meilleurs de son époque.

   
René Schwarz
Janvier 2001